Après “Le Bonhomme de neige”, découvrez 8 polars où les femmes tiennent le premier rôle

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C’est peu dire que le roman policier fait une place modeste aux personnages féminins. En dehors de Miss Marple, Lisbeth Salander (Millenium) et Erica Falck (l’enquêtrice-romancière de Camilla Läckberg), combien de femmes détectives et de serial killeuses? La violence serait-elle seulement une affaire d’hommes? Difficile de s’en convaincre, si l’on se fie au nombre de femmes qui ont écrit, souvent brillamment, des polars.

À l’image de Laurie R. King (Un talent mortel), certaines auteures ont su se faire un nom en occupant une niche, comme le polar lesbien. Malheureusement, leur travail est peu mis en lumière et leurs livres en français sont souvent épuisés.

Inversons la tendance et parlons des femmes, fatales ou justicières, détectives ou serial killeuses, qui ont marqué le genre du polar! Vous découvrirez ici une sélection de bons livres où les femmes occupent une place à part.

Les Suicidées, de Val McDermid

Des militantes féministes se suicident après avoir été harcelées sur la toile. À leurs côtés, on retrouve des poèmes, et des livres de Sylvia Plath et de Virginia Woolf. Des faits trop lisses aux yeux du profiler Tony Hill qui voit tout de suite la scabreuse mise en scène et l’acte d’un serial killer visiblement très remonté contre les femmes. Pour la circonstance, il refait équipe avec Carole, ex-commandante de police mise au placard, qui a tendance à bien lever le coude. Le duo va aussi pouvoir compter sur l’aide de Stacey, une super hackeuse qui va pénétrer les secrets du web afin de percer à jour l’identité des harceleurs et, peut-être, celle plus insaisissable du serial killer.

Auteure lesbienne féministe écossaise, Val McDermid, avec plus de 30 romans à son actif, livre beaucoup d’elle-même dans ce roman dont on peine à le réduire au seul genre du polar, tant il soulève des questions de société majeures, comme la place des femmes, le militantisme et la dangerosité latente des réseaux sociaux. Le tout servi par une bonne dose d’humour noir et quelques shots de vodka.

Les Ravagé(e)s, de Louise Mey

Avec Les Ravagé(e)s, la jeune auteure Louise Mey change la donne: pour une fois, les victimes sont des hommes et le personnage principal, une flic parisienne spécialisée dans les crimes et délits sexuels, et mère célibataire. Épaulée par son adjoint Marco, Alex épluche les statistiques (toutes attestées, ce qui est effrayant) pour tenter d’élucider une affaire des plus inattendues dans son service: le viol de deux hommes qui refusent de porter plainte. Un fait si rare qu’il ne représente que 1% des cas de viols enregistrés. Ponctués de scènes troublantes rapportant les violences quotidiennes faites aux femmes, Les Ravagé(e)s se sert du genre du polar pour émettre une critique sociale qui fait mouche.

Passage du désir, de Dominique Sylvain

“En fait, Lola et Ingrid, c’est moi coupée en deux. Une grosse mémère casanière qui connaît la musique et une jeune Américaine athlétique et malpolie.” C’est en ces mots que Dominique Sylvain parle de son duo de choc, Lola Jost, une commissaire à la retraite, et sa voisine Ingrid Diesel, masseuse américaine et strip-teaseuse la nuit.

Une jeune femme est retrouvée morte, les pieds sectionnés, un sac rempli de billets à ses côtés. Faute de meilleur suspect, c’est le restaurateur Maxime Duchamp, un ami commun de Lola et Ingrid, qui est accusé. Pour disculper leur ami, les deux femmes s’emparent de l’enquête. Au-delà de l’originalité du ton, assez léger et fantaisiste, c’est au duo de femmes au caractère bien trempé que l’on s’attachera dans ce roman. Faisant fi de leurs différences, réunies dans un même combat, Lola et Ingrid se lancent à la poursuite d’un tueur obsessionnel et empruntent des chemins de traverse d’ordinaire réservés aux hommes: les quartiers mal famés, les réseaux de prostitution, le cinéma gore, le monde du strip-tease, etc. Sans se revendiquer féministe, Dominique Sylvain parvient à imposer avec brio des personnages féminins forts dans le paysage très masculin du polar.

Angle mort, de Sara Paretsky

Ils mériteraient qu’on les recommande tous, les livres de la série des enquêtes de la détective privée Vic Iphigenia Warshawski, dite V.I., qui œuvre à Chicago. Commençons donc par le premier, Angle mort. La détective au grand cœur se voit punie d’avoir aidé une famille de clandestins qui ont trouvé refuge dans son sous-sol: ses voisins cherchent à la faire partir, ses clients lui tournent le dos et un cadavre atterrit dans son bureau. Alors qu’elle espérait partir en vacances, V.I. remonte la piste de sombres magnats de la finance et du bâtiment, comme Chicago en produit tant, et doit déjouer le piège qui semble se refermer sur elle.

La Mésange et l’ogresse, de Harold Cobert

Mésange ou ogresse, Monique Fourniret? Victime ou manipulatrice, l’ex-épouse du “Tueur des Ardennes”? Si la question peut être encore posée, la justice, elle, a tranché, en la condamnant à la réclusion à perpétuité pour complicité de meurtre. Certes le sujet peut rebuter, toutefois il est intéressant de ne pas s’en tenir là, tant l’expérience de lecture qu’offre Harold Cobert est hallucinante. S’il ne s’agit pas à proprement parler de polar, ce roman est écrit à la manière d’une enquête psychologique et réunit tous les ingrédients de la série noire. L’auteur s’appuie sur des témoignages, des procès-verbaux, pour restituer l’histoire effrayante de Monique Fourniret. Sans voyeurisme, ni mise en scène de l’horreur, il livre une analyse fine et sobre de la psychologie d’une des femmes les plus énigmatiques de l’histoire judiciaire. Évitant le genre biographique, il parvient au contraire à ménager une place au suspense, notamment lorsqu’il retrace la course contre la montre des enquêteurs, au moment où, faute de preuves, le couple a failli être relâché. Un exercice de style réussi là où le dérapage était attendu, et un portrait de femme aussi terrible que captivant.

Léona, les dés sont jetés, de Jenny Rogneby

Non, tous les polars suédois ne reprennent pas la recette de Millenium! La preuve avec la série des enquêtes de Léona. Suédoise d’origine éthiopienne, ancienne enquêtrice de la police de Stockholm, Jenny Rogneby s’est choisie pour héroïne une femme indépendante, déterminée, au passé mystérieux, un peu à son image. Mariée avec deux enfants, Léona prend ses distances avec son mari quand celui-ci insiste pour avoir un troisième enfant, joue les caméléons avec ses collègues et entretient de bonnes relations avec les personnes influentes. Elle enquête par ailleurs sur l’affaire d’une petite fille de sept ans qui a réussi à dévaliser plusieurs millions dans une banque, en étant couverte de sang, et seulement armée d’un pistolet et d’un ours en peluche. Harcelée par un journaliste qui souhaite lui soutirer des informations sur une affaire de corruption, Léona joue sur plusieurs tableaux, l’auteure révélant progressivement des pans de sa personnalité complexe, aux frontières de la moralité. Un personnage très séduisant qui offre au polar un visage neuf et intéressant.

Enfants de Mars et de Vénus, de Lizzie Crowdagger

“J’écris des fictions avec des lesbiennes, des vampires, des flingues et des motos”, écrit Lizzie Crowdagger sur son blog. Si vous n’avez pas encore fui, n’en faites rien. Vous rateriez quelque chose car Enfants de Mars et de Vénus est un roman aussi noir que déjanté. Imaginez un peu: Lev, motarde, et Alys, mécanicienne et trans, viennent de se rencontrer et entre elles, ça pourrait être le grand amour. Mais c’était sans compter les tendances psychopathes d’Alys et son goût pour la sorcellerie…

Le livre commence ainsi: “La première fois que j’ai vu Alys, c’était il y a un peu plus de trois semaines, dans une manifestation contre des anti-avortement. Elle gueulait “fachos, cathos, machos, vous nous cassez l’clito” et, avec sa tenue hyper-féminine et ses bottes de combat aux lacets rouges, elle avait une putain de classe, au point d’éclipser l’effet que me faisaient ses bas résille, c’est dire.” Avant cela, l’auteur précise, à toutes fins utiles, que la scène a lieu “vingt-deux jours avant que [Lev] descende Alys”. Amateur.e.s de série B, de flingues et de grosses cylindrées, n’attendez plus: foncez!

Un scandale en Bohême, de Sir Arthur Conan Doyle

Qui a dit que Sir Arthur Conan Doyle était un auteur misogyne? Si son célèbre Sherlock atteste d’un parcours sans faute et a su vaincre ses pires ennemis, dont le terrible Moriarty, il a cependant trouvé adversaire plus fort que lui en la personne d’Irène Adler, ancienne maîtresse du roi de Bohême. Alors que ce dernier s’apprête à épouser la fille du roi de Stockholm, Irène Adler le menace de révéler leur ancienne liaison en livrant au public une série de photographies compromettantes. Pour éviter le scandale, le roi fait appel à Holmes pour voler les fameuses photographies. Ne révélons pas la suite de l’histoire et contentons-nous de dire que cette nouvelle relate le seul échec de la carrière du grand détective, sous le charme et fasciné par la brillante Irène…

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